2e Dimanche de l’Avent- Commentaires de l’évangile selon St Matthieu

Évangile selon Saint Matthieu 3, 1-12


« Et II disait : Faites pénitence, parce que le royaume des cieux est proche. »

  • « Faites pénitence. » C’est le ler mot de la prédication de S. Jean, et c’est aussi le ler mot de la prédication de N. Seigneur, d’après les SSts. Évangiles. Quand N. Seigneur enverra ses apôtres faire leurs premiers essais de prédication, c’est encore par là qu’Il leur dira de commencer : « Prêchez la pénitence et l’approche du règne de Dieu », leur dira-t-il. La pénitence tient donc une très grande place dans notre vie. Elle doit être, semble-t-il d’après cela, le fondement de toute notre vie spirituelle. C’est ce que semble indiquer cette constance à jeter ce mot en tête de toute prédication. En quoi consiste-t-elle ? Doit-elle être vraiment le fondement de toute notre vie spirituelle ? Dans quelle mesure doit-on la pratiquer ? Pen¬dant combien de temps doit-on la pratiquer ? … Mon Sei¬gneur Jésus, vous qui avez crié si haut «pénitence» et qui l’avez fait crier devant vous par votre Précurseur, et derrière vous par vos apôtres, répondez à ces questions. Éclairez-moi et faites-moi connaître ce que vous voulez que je sache au sujet de la pénitence que vous voulez voir tenir une si grande place dans notre existence.
    Qu’est-ce que la pénitence ? … La pénitence, comprend, semble-t-il, plusieurs choses : d’abord le regret des fautes, puis l’humble demande de pardon, puis une satisfaction, une œuvre réparatoire, ensuite le ferme propos de ne plus les commettre, enfin la vigilance sur soi pour ne plus y tomber.
    La pénitence doit-elle être le fondement de toute vie spirituelle parmi les hommes ? Le premier devoir de tout pécheur, c’est le regret des péchés accompagné de tout ce qui fait partie d’une véritable contrition ; or ce regret et ces œuvres qui l’accompagnent, c’est précisément la pénitence ;
    donc le premier devoir de tous les hommes, la B.V. Marie seule exceptée, est la pénitence. Pour tous les humains, excepté la seule Ste Vierge, la pénitence est donc le fondement de toute la vie spirituelle. … Dans quelle mesure doit-on la pratiquer ? Dans la mesure 1°) du regret qu’on doit avoir de ses fautes, 2°) de la ferveur avec laquelle on doit demander pardon, 3°) de la grandeur de la réparation qui est due, 4°) de la force avec laquelle on doit se proposer de ne plus pécher, 5°) de la vigilance qu’on doit avoir pour ne plus pécher. Or, la mesure de ce regret, de cette ferveur, de cette réparation, de cette force, de cette vigilance, c’est la mesure et de l’amour que l’on doit a l’offensé et de la dignité de cet offensé, et de l’injustice qu’il y a à l’avoir offensé ; or, cet amour, cette dignité, cette injustice, sont tous trois souverains, par-dessus tout, les plus grands possibles, sans mesure, infinis : donc nous devons pratiquer tous (ceux qui ont le moins de péchés, comme ceux qui ont le plus péché, car un seul péché, si petit qu’il soit, commis contre l’amabilité infinie et la dignité infinie, constitue une injustice infinie) ; nous devons pratiquer tous, la seule Ste. Vierge exceptée, la pénitence dans la plus grande mesure possible, dans une mesure approchant autant que nous pouvons de l’infini, sans mesure de notre part, comme l’amour dû à Dieu, sa dignité et l’injustice qu’il y a à l’offenser, sont sans mesure, sans autre mesure absolument que la seule volonté de Dieu ; à la seule volonté de Dieu appartient de mettre une mesure à ce qui en droit doit être sans mesure… Combien de temps doit-on pratiquer la pénitence ? Toute la vie, car, comme on vient de le dire, on doit une pénitence sans mesure, aussi grande que possible, en temps comme en intensité, une pénitence autant qu’il est en notre pouvoir sans fin comme sont sans fin, infinie, l’injustice de l’offense, la dignité de l’offensé, et l’amour qui lui est dû ; toute la vie, car en temps comme en intensité, il appartient à la seule volonté de Dieu, de mettre une mesure à ce qui en droit est sans mesure[[Commentaire sur Mt 3,2 en C. DE FOUCAULD, Commentaire de Saint Matthieu, Lecture Commentée de l’Évangile, Nouvelle Cité, Paris 1989, pp. 157-158.]].